Istanbulles 2013 – Après la bataille…

Distributeurs de billets défoncés et parfois dévalisés, vitrines brisées, voitures renversées, carcasses d’autobus, profusions de graffitis sur les panneaux publicitaires, sur les vitrines, sur les façades d’institutions, avec ces slogans : “police fasciste”, “occupez Gezi” (le nom du parc qui devait être rasé), “Taayip’in itler” (les chiens de Erdogan, allusion aux policiers), A.C.A.B. (All Cops Are Bastards), etc.

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Deux slogans nous touchent plus particulièrement : celui où un manifestant a écrit, s’adressant au touriste :”Bienvenue au Festival des gaz lacrymogènes” ; ou encore, sur la porte de l’Institut Français, ce slogan écrit dans la langue de Voltaire : “La poésie dans la rue – 1er juin 2013”.

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Sur la façade de l’Institut encore, un des panneaux annonçant l’exposition Spirou et le Marsupilami a été défoncé, celui qui était le plus “publicitaire”, mais pas les beaux dessins de Franquin et de Yoann, visiblement par respect des artistes…

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Catel et Bocquet vont bien

Samedi, ils se sont réveillés après une nuit compliquée : les manifestants avaient combattu les force de l’ordre toute la nuit et un nuage de gaz lacrymogène flottait en permanence sur la place qui faisait face à leur chambre. Mais au cours de la journée, la police s’est retirée de la place sur ordre du Premier Ministre. Dès lors, des dizaines de milliers de manifestants sont venus de toute la ville pour manifester leur liesse : “On a gagné !” criaient-ils.

hoto DR. D. Pasamonik

Catel et Bocquet au balcon de leur hôtel Taksim Hill, profitant de la liesse. Ph: D. Pasamonik (L’Agence BD)

Contrairement à la journée précédente, cette manifestation était pacifique. Cela dit, sur la place et dans son environnement, tout le mobilier urbain a été détruit. À proximité de la place, des “cadavres” de bus vandalisés par les manifestants restaient là piteusement, preuves de la violence des combats. Quelques jeunes posent devant avec leur masque d’Anonymus, dont les traits sont tirés du célèbre roman graphique d’Alan Moore et David Lloyd.

La place Taksim, noire de monde le 1er juin 2013 La place Taksim, noire de monde le 1er juin 2013; Bocquet (50) La place Taksim, noire de monde le 1er juin 2013 Dans le hall de l'hôtel de Catel et Bocquet, les journalistes correspondants du monde entier IDevant leur "trophée", des jeunes posent en masques d'Anonymous, de V For Vendetta Sur la place Taksim, des bus complètement détruits.Les Stambouliotes constatent les dégâts. Des jeunes posent devant en masques d’Anonymous. Le hall de l’hôtel est rempli de correspondants, journalistes et photographes. Ph: D. Pasamonik (L’Agence BD)

Catel et Bocquet rencontrent les dessinateurs turcs

En dépit des événements à Istanbul, Catel et Bocquet ont continué de découvrir la scène de la bande dessinée turque.

Ils se sont rendus dans les locaux de la revue satirique Uykusuz, la plus vendue en Turquie, qui comporte aussi parmi les dessinateurs les plus talentueux de la nouvelle génération. C’est ainsi que notre dessinatrice et son scénariste ont rencontrés Ersin Karabulut et Memo Tembelçizer, deux des piliers de ce journal, propriété de ses auteurs.

À leurs côtés, Galip Tekin, édité par la maison d’édition de Uykusuz, et qui est une des grandes figures de la BD turque des années 1980 à nos jours, montra son travail. Là encore l’étonnement de la qualité d’un dessin proprement turc était au rendez-vous.

Istanbulles 2013 - Bocquet chez Uykusuz  : de g. à dr. Galip Tekin, Ersin Karabulut et Memo Tembelçizer

Chez Uykusuz : de g. à dr., Galip Tekin, Ersin Karabulut et Memo Tembelçizer. DR

José-Louis Bocquet, comme on sait éditeur-adjoint chez Dupuis, était content de rencontrer ceux qui, dans ce journal, lui avaient précisément tiré l’œil et, comme historien de la BD, ravi de découvrir que l’éclosion de la bande dessinée moderne en Turquie est le fait d’auteurs, comme cela a été le cas en France. Quant à Catel, elle découvrit des collègues dessinatrices qui collaborent au journal Bayan Yani, édité par LeMan, et qui est composé principalement de femmes.

Le lendemain, un speed dating était organisé par le site communautaire Çrop (La Plateforme communautaire de la bande dessinée turque). 27 auteurs devaient rencontrer l’éditeur de Dupuis. Mais les événements de Taksim avaient provoqué la fermeture de l’Institut Français et le rendez-vous a été transporté à Beşiktaş, éloigné de l’épicentre des troubles. Pas de chance : Cet endroit était précisément celui où, par bateaux entiers, les Stambouliotes d’Asie débarquaient pour aller manifester à Taksim. Mais l’heure du grabuge était passée, c’est plutôt dans une atmosphère bon enfant que ce défilement a eu lieu, sans incident.

Speed dating Le speed dating organisé par Ümit Kereççi et le CropLe speed-dating organisé le site communautaire Çrop (La Plateforme communautaire de la bande dessinée turque) animée par Ümit Kereççi (ci-contre, à dr.) avec l’aide de Sarp kalfaoğlu pour la traduction.

Entre-temps, une dizaine d’auteurs n’ont pu venir, au grand soulagement de José-Louis Bocquet qui s’entretint pendant trois heures avec les jeunes auteurs turcs qui seront, qui sait?, peut être publié en France dans les prochaines années. “Je ne m’attendais pas à trouver des auteurs de ce niveau de qualité et qui ont une vraie culture de bande dessinée” confesse l’éditeur.

Les événements de la Place Taksim perturbent le Festival Istanbulles

Depuis vendredi, l’Institut Français d’Istanbul est fermé. En cause? Une énorme manifestation qui a lieu sur la Place Taksim, cette immense place sur laquelle aboutit la célèbre rue Istiklal Caddesi.

Les manifestants protestent contre la démolition du parc qui borde Taksim à la place duquel le gouvernement veut installer un centre commercial, un centre culturel, réhabilitant les casernes, comme au temps de l’empire ottoman. 600 arbres doivent être arrachés. C’est pourquoi depuis plusieurs jours des protestataires campent dans le parc et y font un sit-in.

Jeudi, la police a décidé de les déloger de façon musclée. La violence de cette action a provoqué des réactions indignées de nombreux Stambouliotes venus les rejoindre par centaines en signe de protestation.

Mais la manifestation a dégénéré et la rue Istiklal a été l’objet de véritables batailles rangées entre les manifestants et les policiers qui n’hésitaient pas à balancer des bombes lacrymogènes et à utiliser de puissants canons à eau. Samedi matin, on évoquait une intervention de l’armée qui n’a finalement pas eu lieu.

La place Taksim vendredi Photo DR

En conséquence, l’Institut Français a été fermé. Vendredi soir, Catel et Bocquet ont mis une heure à rejoindre leur hôtel sur la très touristique place Taksim et, affectés par les gaz lacrymogènes, se sont retrouvés reclus toute la soirée.

Dès lors, le speed-dating organisé par le site Çrop où José-Louis Bocquet devait rencontrer 27 auteurs turcs a été déplacé dans un café à Beşiktaş, un quartier éloigné du secteur affecté par les troubles.

International Comics Festival of Istanbul